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Perruches vertes des Mascareignes 
 
FOIRE AUX QUESTIONS
Q1 : La perruche verte des Mascareignes qui a disparu de la Réunion au 18ème siècle était-elle la même espèce, ou bien une autre espèce, que celle qui a survécu à Maurice ?Peut-on vraiment parler de réintroduction à la Réunion ?
R1 : il s’agit bien de la même espèce qui était présente à la Réunion et qui a survécu in-extremis à Maurice, et qui porte le nom scientifique de Psittacula (Alexandrinus) echo. On peut donc effectivement parler de réintroduction à La Réunion. La distinction éventuelle se joue au niveau de la sous-espèce (Psittacula echo echo à Maurice et Psittacula echo eques à la Réunion) mais ceci fait toujours l’objet de débats d’experts, la dernière publication en date (Jansen & Cheke, 2021) plaidant pour deux populations non différenciées, d’une seule et même espèce qui a disparu de la Réunion au 18ème siècle, mais a fort heureusement survécu à Maurice.

Q2 : Pourquoi la Perruche verte des Mascareignes, tout comme d’autres espèces de Vertébrés frugivores, a disparu de La Réunion, alors qu’elle a survécu à Maurice ?
R2 : La persistence de davantage de grande faune forestière à Maurice où les habitats indigènes ont été détruits à plus de 95 % semble paradoxale quand on considère les vastes habitats indigènes encore présents à la Réunion. La principale cause derrière ce paradoxeest la disparition beaucoup plus rapide à La Réunion qu’à Maurice des habitats les plus favorables de basse et moyenne altitude (« au tournant du XIXème siècle, près de 90% des forêts de basse altitude avaient déjà été défrichés à La Réunion, alors que cette proportion n’était que de 40% à la même époque à Maurice »,cf Albert et al. 2021a).Dans ces reliques d’habitats favorables très fragmentés à La Réunion, les autres facteurs majeurs d’extinction comme les prédateurs introduits ou le braconnagetrès intense dès le début de la colonisation, ont probablement agi de manière synergique.

Q3 : Quelles sont les différences entre la Perruche verte des Mascareignes et la Perruche à collier
R3 : la Perruche verte des Mascareignes (Psittacula (Alexandrinus) echo) est proche génétiquement de la Perruche à collier (Psittacula (Alexandrinus) krameri), avec une différence génétique de seulement 2.2% entre les deux espèces (¬Jackson et al., 2015). Les mâles des deux espèces se ressemblent morphologiquement, cependant le comportement et l’écologie des deux espèces sont radicalement différents. La Perruche à collier fréquente préférentiellement les zones péri-urbaines et agricoles et se nourrit préférentiellement sur les arbres fruitiers (et les cultures de céréales dans d’autres régions que La Réunion).La Perruche verte des Mascareignes quant à elle est inféodée aux forêts primaires et se nourrit essentiellement d’espèces végétales endémiques ou indigènes.

Q4 : Il y a-t-il déjà eu des cas d’hybridation, à Maurice, entre la Perruche verte des Mascareignes et la Perruche à collier ?
R4 : Bien qu’ayant une morphologie très proche, les deux espèces possèdent des comportements et des vocalisations radicalement différents. Ce sont ces différences, entre une Perruche à collier très bruyante et une Perruche verte des Mascareignes beaucoup plus discrète, qui expliquent qu’aucun cas d’hybridation n’a été recensé à ce jour.


Q5 : Pourquoi vouloir réintroduire une espèce disparue il y a près de trois siècles ?
R5 : Différents arguments plaident en faveur de la réintroduction de la Perruche verte des Mascareignes de Maurice à la Réunion. Une raison primordiale est qu’il s’agit d’une espèce endémique des Mascareignes, toujours classée vulnérable par l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN), avec une population encore fragile et limitée à environ 800 individus. Sa réintroduction à La Réunion constitue la seule solution pérenne, les forêts mauriciennes étant limitées, pour augmenter l’effectif total de la population et ainsi diminuer la vulnérabilité de l’espèce et le risque d’extinction à l’échelle de l’archipel.Un autre argument, du point de vue réunionnais cette fois, est que la réintroduction de l’espèce permettrait de restaurer la dissémination des plantes à fruits charnus pour améliorer la régénération naturelle des forêts de l’île fréquentées par les oiseaux.

Q6 : Étant donné les changements drastiques intervenus au niveau des forêts réunionnaises en près de trois siècles, la Perruche verte des Mascareignes qui serait réintroduite à la Réunion ne risquerait-elle pas de disséminer les plantes exotiques envahiss
R6 : la Perruche verte des Mascareignes, inféodée aux forêts primaires, se nourrit préférentiellement d’espèces végétales endémiques ou indigènes, mais elle a déjà été observée consommant du goyavier, une espèce envahissante notoire ; cependant, ce comportement alimentaire est à relativiser.En effet, les plantes exotiques envahissantes, notamment le goyavier,bénéficient déjà localement de disperseursexotiques très efficaces comme par exemple le Bulbul orphée dont la population a récemment été estimée à 1,6 million d’individus !Plus important, la Perruche verte des Mascareignes favorisera la dispersion des graines des arbres à fruits charnus, dont les populations ne se régénèrent plus ou très peu sans disperseur actif pour disséminer ces graines à travers les paysages. A terme, la Perruche verte des Mascareignes contribuera ainsi à la régénération de la forêt réunionnaise de basse/moyenne altitude.

Q7 : quel est le régime alimentaire de la Perruche verte des Mascareignes?Se nourrit-elle préférentiellement de fleurs et ne risque-t-elle pas de nuire à la reproduction de plantes indigènes ou endémiques devenues très rares ?
R7 : le régime alimentaire de la Perruche verte des Mascareignes est varié et constitué à près de 50% de fruits et seulement 12% de fleurs ; le risque de nuire à la reproduction de plantes indigènes ou endémiques devenues très rares ou menacées est nul à Maurice après plus de 30 ans de suivi. Le risque est faible à La Réunion où de nombreuses espèces végétales sont très similaires à celles de Maurice.

Q8 : le rôle supposé de la Perruche verte des Mascareignes en termes de dispersion des graines de gros fruits charnus est-il avéré ?
R8 : d’après les travaux de Sebastián-González et ses collaborateurs (2019), réalisés dans 17 pays, l’ensemble des 40 espèces de Psittacidés, la famille de la Perruche verte des Mascareignes, étudiées pratiquent le gaspillage des fruits qu’elles consomment (c’est-à-dire la consommation de la pulpe des fruits et le rejet des graines après manipulation du fruit par l’oiseau). En transportant les fruits dans leur bec et en les dépulpant loin du pied mère, ces Psittacidés participent à la dispersion des graines des fruits dont ils consomment la pulpe. De plus le fait de disposer de disperseurs de graines avec différentes caractéristiques écologiques (par exemples : poids des individus, taille et puissance de bouche/bec, étendue des domaines vitaux, appétence pour telle ou telle espèce,lieux de consommation et de défécation) peut augmenter l’efficacité de la dispersion des graines de plantes à fruits charnus.

On sait également d’après les travaux de Sébastien Albert et ses collaborateurs (2021.b), que la régénération des plantes à fruits charnus au sein des forêts mauricienne est bien meilleure qu’à La Réunion, ce qui est très probablement dû à la persistance, sur l’île Sœur, de gros frugivores indigènes tels que la Roussette noire, la Perruche verte des Mascareignes et le Pigeon Rose.



Q9 : Concernant le risque sanitaire lié aux individus réintroduits, n’y a-t-il pas un risque de contamination de l’avifaune réunionnaise, notamment du Tuit-tuit ?

R9 : Les risques sanitaires liés à une telle opération de réintroduction vont être analysés et caractérisés de manière très fine par un panel d’experts locaux dans le cadre de la réalisation d’un plan de maîtrise sanitaire ; par ailleurs, les individus réintroduits feront l’objet d’un dépistage préalable pour les pathogènes définis par les experts comme les plus problématiques, et seront également sujet à une quarantaine au départ de Maurice et à l’arrivée à la Réunion.




Références :
Albert, S., Flores, O., Ah-Peng, C. et Strasberg, D. (2021.a). Forests Without Frugivores and Frugivores Without Forests – An Investigation Into the Causes of a Paradox in One of the Last Archipelagos Colonized by Humans. Front. Ecol. Evol. 9:688768. doi: 10.3389/fevo.2021.688768
Albert, S., Flores, O., Baider, C., Florens, F. B. V., et Strasberg, D. (2021.b). Differing severity of frugivore loss contrasts the fate of native forests on the land of the Dodo (Mascarene archipelago). Biol. Conserv. 257:109131. doi: 10.1016/j. biocon.2021.109131
Jansen J. J. F. J. &Cheke A. S. (2021). Variation in Echo Parakeets (Psittacula eques (Boddaert, 1783) [Psittaculidae]) in relation to inter-island differences. Zoosystema 43 (12): 205-211.https://doi.org/10.5252/zoosystema2021v43a12. http://zoosystema.com/43/12
Sebastián-González, E., Hiraldo, F., Blanco, G., Hernández-Brito, D., Romero-Vidal, P., Carrete, M., Gómez-Llanos, E., Pacífico, E.C., Díaz-Luque, J.A., Dénes, F.V., et al. (2019). The extent, frequency and ecologicalfunctions of foodwasting by parrots. Sci. Rep. 2019, 9, 15280.
 
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